ISSN: 0964-0282 (print) • ISSN: 1469-8676 (online) • 4 issues per year
Editor: Dimitra Kofti, Panteion University
Editor: Arne Harms, Max Planck Institute for Social Anthropology
Editor: Leonardo Schiocchet, Charles University, Czech Republic
Editor: Martin Fotta, Academy of Sciences, Czech Republic
Book reviews editor: Magda Craciun, University of Bucharest
Assistant editor: Villa Laakkonen, Tampere University
Subjects: Anthropology, Social Anthropology, Sociology, Ethnology, Ethnography
Journal of the European Association of Social Anthropologists, the major professional organization for anthropologists in Europe.
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This special issue, entitled “Ethnographic Encounters with Absurdity”, highlights contradictions and nonsensicalities found in power structures, mostly in state bureaucratic contexts and, in some articles, in their intertwinement with market logics. “Absurdity”, as Mirco Göpfert argues in the afterword, “often helps us glimpse at something essential about how power operates today”, including in our everyday lives as academics and as active citizens. For this reason, it becomes not “simply something [good] to think with”, but “something we must learn to fight.”
This special issue begins from the premise that structures of power are riddled with contradictions, paradoxes and absurdities. We examine how their effects are apprehended and responded to across diverse ethnographic contexts by people whose livelihoods are bound up with such formations. To do this, we use the term ‘absurdity’ as a broad heuristic, paying careful attention not only to local terms used to express dissonances between longed for moral social orders and actual experiences, but also to multisensory apprehensions of a world that is out of kilter, opaque or simply inscrutable. Responses to such absurdities range from a pervasive sense of futility, speculative reasoning and quiet endurance to despair, satire or the fabrication of fake or absurd documents to navigate impossible demands. We suggest that staying with experiences of absurdity can reveal the moral and material contours of ordinary worlds that have been affronted or disabled.
Le point de départ pour ce dossier spécial est la prémisse que les structures de pouvoir sont rongées par des contradictions, des paradoxes et des absurdités. Nous examinons comment leurs effets sont saisis et commentés par des gens qui vivent au milieu de telles structures. Pour cela, nous utilisons le terme ‘l'absurdité’ comme un heuristique large, en accordant une attention particulière pas seulement aux termes locaux qui sont adoptés pour exprimer des dissonances entre les ordres sociaux désirés et les expériences réelles, mais aussi aux connaissances multisensorielles d'un monde bouleversé, opaque ou tout simplement énigmatique. Les réponses aux telles absurdités vont d'un sens pervasif de futilité, de raisonnement spéculatif et d'endurance silencieuse, au désespoir, la satire, ou la fabrication de documents faux ou absurdes afin de naviguer des demandes impossibles. Nous proposons qu'une interrogation des expériences d'absurdité peut révéler les contours moraux et matériels des mondes ordinaires qui ont été blessés ou handicapés.
Rural public servants in Ethiopia are responsible for enacting policies that are subject to competing and contradictory demands, and that often do not accord with people's existing priorities. Referring to the riddling Amharic language game of
Les fonctionnaires dans les territoires ruraux de l’Éthiopie sont responsables pour la mise en place des politiques qui peuvent subir des demandes rivales et contradictoires, et qui souvent vont à l'encontre des priorités existantes de gens. En faisant référence au jeu de devinette en langue Amharic, qui s'appelle
In a health system shaped by decades of imposed austerity, operating with scarce resources and catering for citizens living in economic precarity and poverty, young doctors in a Kenyan public hospital found their everyday work frustrating and at times futile. Here I attend to situations that engulf a sense of personal integrity and morality, where opportunities, options and choices to develop other forms of meaningful practice remain limited. I explore how doctors encountered, interpreted and navigated these situations and how they refused and protested them, through improvisation, wry humour, solidarity and civility, as well as indifference and cynicism, anger and outrage. Their attempts to locate the absurd in their experiences of failure allowed them, at times, to distance themselves from failure and to refuse such endings. However, experiencing repeated failures also led to exhaustion and sense of moral defeat, and many hoped to leave public service despite their commitments to patients.
Dans un système de santé façonné par des décennies de l'austérité imposée, fonctionnant avec très peu de ressources et rendant service aux citoyens qui vivent dans la précarité économique et la pauvreté, des jeunes médecins dans un hôpital public au Kenya ont trouvé leur travail de tous les jours frustrant et parfois futile. Dans cet article nous focalisons sur des situations qui bouleverse un sens de l'intégrité personnelle et la moralité, où des opportunités, des possibilités et des choix à développer d'autres formes de pratique constructive, restent limités. Nous explorons comment les médecins ont rencontré, interprété, et navigué ces situations, et comment ils ont refusé et protesté contre elles, au travers l'improvisation, l'humour narquois, la solidarité et la civilité, ainsi que l'indifférence et le cynisme, la colère et l'indignation. Grâce à leurs efforts à localiser l'absurde dans leurs expériences d’échec, ils ont pu tourner la page et refuser les dénouements malheureux. Toutefois, la répétition des échecs ont produit l’épuisement et le sens de défaite morale, donc plusieurs médecins ont souhaité démissionner malgré leurs engagements aux patients.
How do people make life meaningful amid institutions that have ceased to function? This article examines how railway workers in Mali navigate the paradox of working for a company the state declared had never legally existed. Amid halted trains, irregular wages and opaque governance, workers experienced a profound sense of absurdity shaped by the decaying infrastructure of the Dakar-Bamako railway and broken promises of renovation. Such uncertain grounds fuelled speculative practices, ranging from conspiratorial narratives to horse betting and the repurposing of old skills, through which workers responded to precarious circumstances. These practices critiqued hollow government assurances while foregrounding temporal entanglements, as uncertain futures spilled into the present and the colonial past resurfaced. Framing speculation as a means of forging solidarity and reclaiming agency, the article shows how workers rendered disorienting conditions liveable through gambling, gossip and reinvention.
Dans des circonstances où les institutions ne fonctionnent plus, comment rendre la vie constructive ? Cet article examine comment les travailleurs du système ferroviaire au Mali navigue le paradoxe de travailler pour une entreprise qui, d'après l’État, n'a jamais existé légalement. Au milieu des trains à l'arrêt, des salaires irréguliers, et la gouvernance opaque, les travailleurs ont vécu un sens profond d'absurdité qui a été façonné par l'infrastructure obsolète du chemin de fer Dakar-Bamako et des promesses rompues de rénovation. Ces conditions instables ont aggravé des pratiques spéculatives, allant des narratives entendues au pari sur des chevaux et le recyclage des vieilles compétences, par lesquelles les travailleurs ont répondu aux circonstances précaires. Ces pratiques ont critiqué les promesses vides du gouvernement, et en même temps elles ont mis en avant les imbroglios temporels, tandis que les avenirs incertains sont devenus le présent et le passé colonial est remonté à la surface. En encadrant la spéculation comme une façon de forger la solidarité et de reconquérir l'agentivité, l'article montre comment les travailleurs ont transformé des conditions confuses en conditions vivables au travers les jeux d'argent, les commérages, et la réinvention.
In Cuba, the government inspires fear among citizens because of its capacity to discipline and punish, but also laughter for its tendency to make ridiculous declarations. Drawing on ethnographic fieldwork in Havana, this article examines the political origins of two types of experiences of absurdity in Cuba: perplexing statements from official leaders and legal regulations that are so opaque that people struggle to understand them. Both kinds of absurdity emerge from people's inability to read commonsense logic into state actions. Although government decisions and declarations may blatantly contradict popular understanding, they are rarely criticised openly in the official public domain. Rather, critique is reserved for the confines of people's homes, or in semi-private online spaces. But while fear may suppress public debate, laughter is never far away. The restricted nature of Cuban political discourse creates fertile ground for comedy to expose the absurdity at its core.
En Cuba, le gouvernement inspire de la peur parmi des citoyens à cause de sa capacité à discipliner et à punir, mais il inspire également des rires par sa tendance à faire des déclarations ridicules. En s'appuyant sur le travail de terrain ethnographique à la Havane, cet article étudie les origines politiques de deux types d'expériences d'absurdité en Cuba : des annonces bizarres par les chefs officiels et des réglementations légales qui sont tellement opaque que les gens ne peuvent pas les comprendre. Ces deux formes d'absurdité émergent de l'incapacité des gens à trouver une logique pleine de bons sens dans les actions d’état. Les décisions et déclarations gouvernementales ne sont que rarement critiqué dans l'espace public et officiel, même si elles vont à l'encontre de la compréhension populaire. La critique est plutôt réservée à l'espace privé, soit à domicile soit sur des réseaux sociaux semi-privés. Tandis que la peur peut limiter le débat public, les rires ne sont jamais loin. La nature limitée du discours politique en Cuba crée un terrain fertile pour la comédie à exposer l'absurdité au cœur de ce même discours.
This article describes the migratory experience of Merule, an undocumented Nigerian citizen living at the centre of two different but complementary rules regulating migration to Italy. He entered the country legally but fell into irregularity three years later. In 2020, he enrolled in a state-led regularisation programme. Merule's situation uncovers some paradoxical effects of the Italian migration regime, which appear absurd to those stuck in it. First, the path to legal status demands informal or illegal practices and false declarations about one's condition. Second, bureaucracy works as governance at a distance, exacerbating applicants’ suffering and anxiety. Third, a legal pathway designed to last only a few months results in a years-long wait, which places applicants in legal limbo with reduced space for individual agency.
Cet article décrit l'expérience migratoire de Merule, un citoyen de Niger sans papiers qui vit au centre de deux règlements différents mais complémentaires concernant la migration en Italie. Merule est entré au pays légalement mais, trois ans plus tard, il se trouve dans une situation irrégulière. En 2020, il s'inscrit à un programme de régularisation mené par l’État. La situation de Merule révèle quelques conséquences paradoxales du régime italien de migration dont l'absurdité est reconnue par ceux qui sont dedans. Tout d'abord, le chemin vers le statut légal nécessite des pratiques informelles ou illégales ainsi que des déclarations fausses concernant sa condition. Deuxièmement, la bureaucratie fonctionne comme un processus de gouvernance en distanciel, dont les effets augmentent la souffrance et l'angoisse des candidats. Troisièmement, un processus légal, qui a été conçu à durer quelques mois, résulte dans un délai de plusieurs années. En attendant une décision, les candidats sont coincés du point de vue légal avec très peu de marge pour l'agentivité individuelle.
This article examines the repeated encounters young civil society activists in the city of Kuching, Sarawak, Malaysia, have with a public hi-fi system playing music for an empty traffic intersection and their choice to describe this roundabout as absurd. I read these claims as symptomatic of uncanny dynamics in Kuchingite urbanity. Deploying the language of absurdity helps my interlocutors evade political risk by constructing strategic ambiguities. Through a Derridean analytic of speech acts I articulate how these ambiguities serve pragmatic ends. My interlocutors’ use of absurdity manipulates subtle overlaps of satirising play and power appeasing elisions of critique. Through this playful tension the exploitative logics embedded in Kuching's capital-centric urbanity may be productively managed by careful instrumentalisation of the ambiguities of Kuching's urban uncanny.
Cet article examine les rencontres répétées entre des jeunes activistes de société civile dans la ville de Kuching, en Sarawak, Malaysie, et un système de radio public. Ce système de radio tourne à une intersection désertée et les activistes se moque de l'absurdité de ce rond-point. Nous considérons ces affirmations comme un symptôme des dynamiques étranges de l'urbanité Kuchingite. La pratique de la langue d'absurdité aide mes interlocuteurs à éviter le risque politique grâce à la construction des ambiguïtés stratégiques. Au travers un analyse des actes de parler, inspiré de Derrida, nous montrons comment ces ambiguïtés serviront des fins pragmatiques. L'utilisation d'absurdité par nos interlocuteurs est une façon de manipuler les chevauchements subtils dans la satire de jeu et de pouvoir afin d'apaiser les élisions de critique. Au travers cette tension taquine, la logique d'exploitation enfoncée dans l'urbanité centrale de Kuching peut être contrôlée à des fins productives par une instrumentalisation prudente des ambiguïtés de l’étrangeté urbaine à Kuching.
This afterword joins the special issue in thinking with absurdity rather than making sense of it. Across fake latrines, ghost railway jobs, suspended migrants, futile hospital care, techno roundabouts and Cuban ostriches, absurdity emerges less as a concept than a condition: trap, tactic, performance, survival. It compels engagement where bullshit thrives on indifference, showing how power governs not despite absurdity but through it. Rather than only analysing absurdity, the afterword also argues for resisting it: letting it expose the limits of governance while refusing to be captured by its logic.
Cet épilogue se joint au dossier spécial en pensant avec l'absurdité au lieu de la comprendre. À travers des fausses latrines, des emplois ferroviaires fantômes, des migrants suspendus, des soins médicaux futiles, des ronds-points techno et des autruches cubaines, l'absurdité paraît une condition plutôt qu'un concept : elle est à la fois un piège, une tactique, une performance, une survie. L'absurdité impose l'engagement, là où la merde prolifère à cause de l'indifférence, afin de montrer comment le pouvoir ne gouverne pas avec raisonnement mais au travers l'absurdité. Au lieu de simplement analyser l'absurdité, cet épilogue propose que nous devions la résister : en permettant l'absurdité d'exposer les limites de gouvernance et en même temps refusant à être prisonniers de sa logique.
This review provides an overview of significant themes that have emerged in English-speaking European anthropology in 2024. Methodologically, theoretically and thematically diverse, anthropological scholarship cannot be comprehensively captured without compromising ethnographic complexity and intellectual vibrancy. Nevertheless, this review loosely groups works under three prevailing themes. The first concerns endemic and existential doubt, the second looks at intimate relations and the third focuses on the environment and more-than-human others. Throughout 2024, significant thematic focus has pivoted on pervasive doubt and distrust, which amplifies atmospheres of confusion and intercedes in intimate relations. We find individuals struggling with racial, gender or state-based violence, orthodox and emerging patterns of power that have lasting repercussions on intimate relations and empathetic or coercive expressions of care. Against this background, individuals, institutions, families and communities are re-evaluating alliances with human and more-than-human others and establishing novel avenues for agency and critique.
Cette étude vise à donner un aperçu des thématiques importants qui ont émergé dans l'Anthropologie européenne pendant l'année 2024. Très divers, du point de vue méthodologique, théorique, et thématique, le savoir anthropologique ne peut pas être saisi entièrement sans compromettre la complexité ethnographique et le dynamisme intellectuel. Néanmoins, cette étude examine des travaux qui sont groupés de façon souple par thème. Nous avons identifié trois thèmes persistants. Le premier thème concerne le doute endémique et existentiel ; le deuxième thème considère les rapport intimes ; et le troisième thème focalise sur l'environnement et les autres plus-que-humains. Pendant l'année 2024, une attention particulière a été accordé au doute pervasif et à la suspicion, ce dernier phénomène augmente les atmosphères de confusion et s'invite dans les rapports intimes. Nous trouvons des individus qui se heurtent contre la violence de genre ou de race, ou contre la violence créée par l’état, ainsi que les modes de pouvoir traditionnels ou nouveaux qui ont des répercussions durables sur des rapports intimes, et sur les expressions de soin basée sur la coercion ou de l'empathie. Contre ce tableau, des individus, des institutions, des familles et des communautés sont en train de réévaluer leurs alliances avec les êtres humains et les autres plus-que-humains, et d’établir des chemins nouveaux pour l'agentivité et la critique.
Balkan, Osman. 2023.
Fiks, Eva. 2024.
Yang, Mayfair (ed.) 2024.
Holmes, Seth M. 2023.
Van Roekel, Eva & Murphy, Fiona (eds.). 2024.
Marchand, Trevor. 2024.
Ivancheva, Mariya. 2023.
Sansi, Roger and Jonas Tinius. 2025.
Scott-Smith, Tom. 2024.